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information sur le développement environnemental en Aquitaine
Cahiers d'i.d.e.a N°8 - Printemps 2004
- Energie et Observation -
Les Opérations Programmées d’Amélioration Thermique et énergétique des Bâtiments, une action-phare pour le développement durable des collectivités
Hervé HARDUIN (DRE Aquitaine) & Erik LOOT (ADEME Aquitaine)
Les Opérations Programmées d'Amélioration Thermique et énergétique des Bâtiments (OPATB) sont des opérations dont l’objectif est d’inciter et de stimuler les propriétaires et gestionnaires de bâtiments à réaliser des travaux ou à prendre des dispositions concernant :
l’amélioration énergétique du bâti ;
la maîtrise de l’énergie pour le chauffage, la production d’eau chaude sanitaire, la climatisation des bâtiments ;
l’utilisation d’énergies renouvelables (EnR) ;
la maîtrise de la demande d’électricité (MDE) de l’ensemble des usages des bâtiments.

Elles entrent dans le cadre du Programme National d’Amélioration de l’Efficacité Energétique (PNAEE) présenté le 6 décembre 2000.

Rappelons que le secteur résidentiel et tertiaire est le premier secteur consommateur d‘énergie, devant ceux des transports et de l’industrie, et qu'il est responsable du quart du total des émissions françaises de CO2 . La réglementation thermique 2000 (RT 2000), applicable depuis le 1er juin 2001, doit permettre de répondre à l’exigence de maîtrise de l’énergie, grâce aux mesures nouvelles introduites par la normalisation et la réglementation technique des composants, et des actions volontaristes en matière d’énergies renouvelables. Cependant elle ne concerne que les bâtiments neufs, or le parc ne se renouvelle que de 1% par an.

Pour les bâtiments existants, qui représentent l’essentiel du gisement d’économies à réaliser, il était donc indispensable de mettre en place des mesures incitatives.

Une collaboration entre l'ADEME, l’ANAH et le ministère de l'équipement a permis de concevoir un nouveau dispositif, inspiré en grande partie d’une mesure existante, et qui a fait ses preuves : l’Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) ; les OPATB ont toutefois des spécificités qui les distinguent largement des OPAH :
- elles concernent l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires, publics et privés, situés dans un périmètre déterminé;
- elles s’adressent à des maîtres d’ouvrage de toute nature, du simple particulier, au gestionnaire de grands équipements publics ou privés

Par l’intermédiaire de la réalisation de diagnostics thermiques et énergétiques, elles vont d’abord permettre de faire progresser la connaissance de l’état du parc existant, avec pour vocation de devenir un laboratoire de l’amélioration de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables dans le bâti existant ; elles contribueront ainsi à la définition et la mise en œuvre d’une politique globale avec des objectifs comparables, toutes proportions gardées, à ceux de la RT 2000 pour les bâtiments neufs.

L’atout majeur d’une OPATB est l’association de l’intérêt général avec des intérêts particuliers. En effet, en ouvrant un marché de travaux accessibles à des entreprises locales et en s’inscrivant dans un projet de développement durable, les collectivités revitaliseront leur tissu économique et véhiculeront une image valorisante ; les habitants bénéficieront d’une réduction de leur facture énergétique et d’une augmentation de leur confort grâce à des travaux subventionnés, les gestionnaires des logements diminueront leurs charges, les professionnels du bâtiment développeront leurs chiffres d’affaires et optimiseront leur savoir-faire ; les services sociaux disposeront d’un outil de prévention des impayés d’énergie. En participant à l’opération, chacun pourra se sentir actif dans la lutte contre le changement climatique. Ainsi, les OPATB constituent clairement une réponse opérationnelle adaptée aux préoccupations environnementales des collectivités.

Il est de suite apparu que la réussite des OPATB reposerait sur une large mobilisation des acteurs locaux, et qu’il fallait « tester » le concept sur des sites pilotes ; cela a été d’autant plus facile à mettre en place qu’une collaboration efficace s’est mise en place en Aquitaine entre les représentants locaux de l’ADEME, de l’ANAH, du ministère de l’Equipement auxquels se sont joints ceux du Conseil régional. Ainsi, l’Aquitaine est-elle devenue région pilote, et trois collectivités ont pu se lancer dans la démarche avant même le lancement au niveau national de l'appel à propositions, en février 2002. Une autre collectivité de la région a par la suite été retenue portant à quatre le nombre d'OPATB conduites en Aquitaine.

Le montage de ce cadre partenarial, assorti d'accords réciproques, constitue à lui seul une avancée considérable dans l'appropriation des actions locales de développement durable.
Les collectivités communiquent auprès du grand public, informent et forment tous les acteurs impliqués : bureaux d’études, installateurs, personnels des collectivités et des entreprises, travailleurs sociaux… Pour cela, une équipe d’animation aux compétences très larges sera mise en place, avec, si possible, un système de guichet unique pour répondre à toutes les demandes techniques, financières, juridiques et de formation, et ceci quelque soit l’origine des financements.
Les opérations pilotes aquitaines constituent, par leur diversité en termes de population, de territoire et structure juridique, un échantillon représentatif :
Le SIPHEM, Syndicat Interterritorial du Pays du Haut Entre deux Mers 94 communes
31.156 habitants avec une forte proportion de personnes de plus de 75 ans,
12.379 logements dont 17% de HLM

Région agricole et viticole, avec 556 artisans, (dont 45 % dans le secteur du bâtiment) et forte présence d’activités tertiaires (tourisme notamment). L'équipe de suivi animation de l'OPATB est opérationnelle depuis septembre 2003.
La Communauté d'Agglomération de Pau 14 communes
139.460 habitants
70.575 logements dont 16% HLM
Comprend une grande diversité des époques de construction, et une répartition géographique traduisant l’étalement urbain auquel ont été confrontées les communes : les centres anciens sont marqués par des immeubles sur rue construits avant 1915, tandis que les lotissements et immeubles locatifs bas construits après 1974 sont implantés dans les quartiers périphériques. Le secteur tertiaire est important : 14 collèges, 6 lycées, 63 groupes scolaires, une université, 26 écoles post-bac, 162 grandes et moyennes surfaces commerciales. L'équipe de suivi animation de l'OPATB est opérationnelle depuis février 2004.
La ville de Bègles, banlieue de Bordeaux 22.672 habitants
10.317 logements dont 32% de HLM

A été très fortement marquée par la période d’industrialisation de la fin du 19ème siècle : habitat individuel caractéristique des échoppes bordelaises, habitat pavillonnaire dispersé, plusieurs quartiers d’habitat social. Le secteur tertiaire comprend 900 entreprises (services, commerces). L'étude préopérationnelle pour l'OPATB est aujourd'hui achevée et l'Appel d'offre pour la désignation de l'équipe de suivi animation pourrait être lancée avant l'été 2004.
Le Groupement d'Intérêt Public (GIP) des Hauts de Garonne
4 communes de la rive droite de l'agglomération de Bordeaux : Cenon, Floirac, Lormont et Bassens.
65.000 habitants
27.000 logements

Constituant une partie de la banlieue est de Bordeaux, ce territoire accueille de nombreuses petites entreprises. Plus de 40% des entreprises emploient moins de 2 salariés et plus de 30% des entreprises sont dans le secteur du bâtiment. Constitué pour la conduite d'un Grand Projet de Ville (GPV), le GIP a décidé de mener en plus une OPATB pour intégrer la dimension énergétique dans la conduite des opérations urbaines. L'étude pré-opérationnelle pour la définition concrête des actions à mener est en cours.

La vingtaine d’OPATB lancées au niveau national, constitueront à la fois des exemples à suivre au niveau national en termes d'engagement collectif sur la voie du développement durable et des laboratoires pour l'application à grande échelle de stratégies de diffusion de technologies performantes (procédés de réhabilitation thermique, équipements de chauffage à hautes performances, capteurs solaires, équipements photovoltaïques, chaudières à bois, équipements électrodomestiques, éclairage…), de modes d'organisation exemplaires (conception de bâtiments HQE, sensibilisation scolaire, information du grand public) ou pour des tests de nouvelles procédures à visées incitatives ou réglementaires (certification énergétique des bâtiments, réglementation énergétique des bâtiments existants, application de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments…).

Une évaluation annuelle des performances de la démarche sera réalisée localement au cours des 4 à 5 ans de durée de vie de chaque OPATB. L’enjeu des OPATB est de taille : si elles se révèlent efficaces (de véritables outils d’évaluation seront élaborés), elles pourront être seront pérennisées et démultipliées sur toute la France.


Hervé HARDUIN (DRE) & Erik LOOT (ADEME)
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